La réforme du système politique chinois connaît une étape décisive

La réforme du système politique chinois connaît une étape décisive

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Beijing review
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Entretien avec le directeur adjoint du département de recherche de l'Ecole centrale du Parti communiste chinois, Zhou Tianyong

La manière de promouvoir la réforme du système politique est l'une des questions que la Chine serait amenée à aborder de manière urgente. En février 2008, fut publié le premier ouvrage à exposer de manière systématique un plan général relatif à la réforme du système politique --- « Gongjian (littéralement, prendre d'assaut les positions fortifiées) : un rapport de recherche concernant la réforme du système politique chinois à la clôture du XVIIe Congrès de Parti communiste chinois » (que nous synthétiserons ainsi par l'appellation « Gongjian » pour les besoins du texte suivant), qui a bénéficié, dès sa publication, d'une grande attention au sein la société. Celle-ci provient non seulement du contenu sensible du livre, mais également du statut social des auteurs, dont la plupart sont des membres de l'École centrale du Parti communiste chinois. Ainsi, on analyse généralement cet ouvrage comme un livre chargé d'un fort contenu officiel et illustrant le point de vue des autorités.

Il y a peu de temps, Beijing Information s'est entretenu avec le rédacteur en chef du livre : le professeur Zhou Tianyong, directeur adjoint du département de recherche de l'École centrale du Parti communiste chinois.

Beijing Information : « Gongjian » a bénéficié d'un grand écho auprès de toutes les couches de population. Ce résultat a-t-il dépassé vos prévisions ?

Zhou Tianyong : A vrai dire, nous n'aurions jamais pu imaginer une popularité de l'ampleur pour cette publication. Je crois que trois raisons principales peuvent expliquer un tel succès. Tout d'abord, bien que la réforme du système politique fasse l'objet de débats depuis plusieurs années, nous ne disposions toujours pas d'un plan concret concernant « la manière d'aborder la réforme » et « l'objet de la réforme ». C'est à la lumière de telles circonstances que le livre « Gongjian » a vu le jour. De plus, la réforme du système économique chinois a rencontré des obstacles, et ceux-ci se manifestent principalement au niveau du régime politique et pourraient être néfastes au développement économique. Autrement dit, le système politique a atteint un seuil où la réforme s'impose d'elle-même. Troisièmement, les dirigeants chinois ont formulé lors de nombreuses conférences internationales, que la modernisation requérait l'apparition de la démocratie, et que la Chine devait promouvoir la réforme du système démocratique socialiste.

Les observateurs devraient analyser le contenu de « Gongjian » comme l'illustration d'éléments dictés et approuvés par les autorités. Cela reflète-t-il la réalité ?

« Gongjian » est le fruit des recherches scientifiques, il est totalement dépourvu d'une quelconque influence officielle. Ce qui mérite d'être mentionné est que l'École centrale du Parti communiste chinois, qui dispose d'avantages particuliers en la matière, est la plus appropriée candidate pour écrire un ouvrage sur un tel sujet. Autrement dit, si d'autres départements entament la rédaction de ce livre, des intérêts complices entreront en compte entre les divers départements, ce qui défavorisera l'équité et l'objectivité du résultat des recherches. D'autre part, face à un sujet si sensible et si complexe, d'autres départements ordinaires ne connaissent pas le fonctionnement actuel du système politique de la Chine, c'est pourquoi leur analyse des résultats ne serait pas innovante.

La réforme du système politique de la Chine devient-elle réellement urgente ?

La réforme du système politique de la Chine est assez urgente, ce qui implique que nos perspectives à l'avenir dépendent fortement de cette réforme. Je trouve que les pressions auxquelles nous pourrions être confrontés sont illustrées par trois facteurs, tout d'abord dans le cadre de la perspective du modèle de développement de la Chine. L'importance primordiale de l'industrie, le haut niveau de consommation des ressources naturelles et le développement rudimentaire du secteur tertiaire exercent une énorme pression sur l'approvisionnement en ressources et sur l'environnement. Deuxièmement, lors du processus d'urbanisation, le problème de la migration d'une grande quantité des paysans vers les villes, de l'emploi des travailleurs migrants dans un pays d'1,3 milliards de personnes, et de la pression constante de l'emploi de la population urbaine, demandent une résolution urgente. Troisièmement, paramètre le plus important, est le manque d'esprit d'innovation de l'ensemble de la société. Ce facteur discriminant est essentiellement imputable à la lourdeur et à la rigidité de certains maillons du gouvernement, qui facilitent la corruption, l'augmentation du coût des transactions commerciales et la stagnation de l'esprit créatif.

Le processus de la réforme du système politique, qui suit la tendance actuelle, se développe lentement en Chine. Quelles sont ses principaux obstacles ?

Le gouvernement central a déjà reconnu la nécessité de la réforme du système politique et a pris la décision de s'engager dans ce domaine. À présent, à mon avis les principaux obstacles résident dans la lutte des intérêts entre différents services.

Par quelle percée devons-nous entamer la réforme ?

Le point important de la réforme du système politique consiste à pratiquer la réforme gouvernementale, et la clé de celle-ci réside dans la réussite de la réforme du budget. Si l'on observe la situation de la Chine, il est impératif que le peuple accorde une attention particulière au « porte-monnaie » du gouvernement.

D'après vous, comment pourrons-nous développer la réforme du budget ?

On pourrait développer la réforme du budget par l'intermédiaire des propositions suivantes. Premièrement, tous les revenus du pays doivent être collectés par le Ministère des Finances ; aucun département ne peut se partager leur usufruit sous quelque forme que ce soit. Mais avant tout, le gouvernement chinois doit élucider l'affaire de ses véritables « propriétés familiales » et connaître les revenus précis des membres des différents services du gouvernement. Deuxièmement, le Conseil des affaires d'État devra créer un bureau de contrôle du budget chargé d'établir le budget de concert avec le Ministère des Finances. Cette mesure vise à séparer la gestion de revenu de la gestion de dépense, de sorte que le Ministère des finances ne s'occupe que de la gestion de revenu, au lieu de se mêler de la seconde compétence. Troisièmement, le budget financier doit être soumis, 6 à 9 mois à l'avance, aux députés de l'Assemblée populaire nationale (APN), pour que leur délai de délibération du budget soit suffisant, afin d'éviter que les députés ne le reçoivent que lors de la conférence de l'APN, comme c'est encore le cas actuellement. Quatrièmement, il faut créer, au sein de l'APN, une commission du budget, qui se chargera de vérifier le budget, et ensuite de soumettre les opinions sélectionnées à la consultation des députés de l'APN et experts. Cinquièmement, prenant comme socle leur opinion raisonnée, les députés de l'APN ont le droit d'interpeller le Ministère des Finances et l'organisme de l'établissement du budget, et les deux parties doivent débattre. De plus, lorsque cela est nécessaire, il convient d'organiser des audiences sur des questions litigieuses. Sur ce modèle, le budget financier sera approuvé par le vote des membres de l'APN.

D'après le livre « Gongjian », l'objectif de la réforme du système politique de la Chine est d'établir, d'ici à 2020, un pays qui connaisse les prémisses de la démocratie et de l'État de droit . Quels domaines cet objectif comprend-il ?

Il s'agit de trois domaines principaux : premièrement, le Parti se devra de gouverner dans le cadre légal, scientifique et démocratique. Deuxièmement, établir un encadrement de contrôle et d'équilibre entre le peuple, l'APN, le gouvernement et la justice. Troisièmement, les organisations non gouvernementales se développent amplement ; la conscience démocratique du peuple s'élève de manière flagrante ; la société civile sera en mesure de se former.

Vous avez souligné, à plusieurs reprises, qu'au cours de la réforme du système politique, il fallait maintenir une centralisation politique appropriée et la stabilité sociale. Pourriez-vous expliquer votre point de vue à ce sujet ?

Au cours de la réforme du système politique, le contrôle fort et efficace peut non seulement éviter de grands problèmes sociaux, mais également promouvoir la réforme. Aucune réforme du système politique ne se réalisera en détériorant l'intégrité du pays, ce qui est la base essentielle de la réforme.

En définitive, quels que soient les modèles adoptés et les circonstances à affronter, la Chine devra accélérer avec résolution le rythme de la réforme du système politique et s'acheminer vers l'orientation démocratique et l'État de droit. L'absence d'expériences valables comme références, force la Chine à explorer son propre chemin. Le but final de la réforme du système politique vise à établir un pays démocratique, riche, fort et stable, ce qui traduit également l'espoir de la communauté internationale à l'égard de la Chine. (Traduit par Wang Wenjie)

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