L’auto-suffisance céréalière chinoise est-elle viable sur du long terme ?
La Chine est le premier producteur mondial de blé et de riz et se situe en seconde position en ce qui concerne le maïs. Cette situation prédominante et la politique d’autarcie prônée par le gouvernement, expliquent le fait que la Chine joue un rôle très mineur dans l’exportation et l’importation de céréales. La Chine compterait à l’heure actuelle sur une réserve de 150 à 200 millions de tonnes, selon le premier ministre Wen Jiabao.
"Contrairement à la plupart des autres secteurs de l'économie, on ne peut pas dire pour les céréales que la demande et l'offre chinoise pèsent sur le marché", analyse Kaabi Moncef, directeur de recherche chez Natixis. "Si le mode de vie des Chinois continue de changer, le pays aura besoin de s'approvisionner davantage à l'étranger mais pour l'heure, la Chine n'est pas vraiment importateur."
Sachant cependant que la Chine abrite 20% de la population mondiale mais ne dispose que de 7% des terres cultivables du globe, cette politique d’indépendance alimentaire rencontrera ses limites tôt ou tard. Nie Zhenbang, directrice de l'administration d'État des céréales a déjà tiré la sonnette d’alarme: "Nous disposons maintenant d'une marge de manœuvre réduite pour accroître les surfaces plantées en céréales, et améliorer les rendements devient de plus en plus ardu."
L’urbanisation et l’industrialisation ne cessent de gagner du terrain sur les surfaces agricoles comme le constate Frédéric Hervouet, spécialiste des dérivés matières premières chez BNP Paribas. Selon lui, le pays perd chaque année, depuis huit ans, 1% de ses terres cultivables, ce qui représente à l’échelle européenne, la superficie des Pays-Bas et de la Belgique réunis.
La solution à long terme pour la Chine serait de changer ses habitudes alimentaires et d’être un peu moins tributaire de la consommation céréalière. L’Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture note d’ailleurs que le processus est en cours et que la consommation de viande par habitant, par exemple, a plus que doublé depuis 1980. La Chine compte également augmenter sa production d'oeufs et de poulets.
Une autre alternative se présente au gouvernement chinois, celle des OGM. Pékin conserve pour l’instant dans les cartons le projet de cultiver à grande échelle un riz génétiquement modifié. Jusqu’à quand ?
A noter enfin que le séisme qui a frappé la Chine n’a pas eu de graves conséquences sur les réserves nationales indique la société d’État, China Grain Reserves Corporation. Le gouvernement a ordonné mardi de se préparer à la distribution de réserves pour approvisionner les régions sinistrées.
